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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 15:40

Flashback sur la Chine, délaissée depuis quelques mois...

Après Chengdu, nous mettons la route vers le mythique Kham, une des trois provinces traditionnelles du Tibet (aux côtés de l'Ü-Tsang et de l'Amdo). Le territoire des fiers Khampas, guerriers réputés et pillards craints par les caravanes d'antan, se trouve aujourd'hui écartelé entre les provinces chinoises du Sichuan et la Région Autonome (en théorie...) du Tibet.

Historiquement, les populations tibétaines du Kham ont toujours farouchement défendu leur indépendance, vis-à-vis de l'Empire chinois mais aussi vis-à-vis du Tibet central. Cette zone frontière à la géographie tourmentée fut donc constamment le théâtre de combats, régulièrement envahie par ses puissants voisins. Cette tradition se poursuit avec une forte présence de l'armée chinoise, encore renforcée depuis les événements de 2008. Ambiance tendue sous un calme trompeur...

Nous commençons par Jiuzhaigou, une vallée de montagne qui égrène les lacs aux eaux turquoises, au milieu de forêts drapées de rouges et jaunes flamboyants à l'automne, attirant des millions de touristes de la nouvelle classe moyenne. Fin décembre, les ors et pourpres ont passé, mais nous sommes récompensés par un calme relatif et un froid mordant qui fige une partie des chutes d'eau en d'élégantes stalactites de glace.

Les cascades et lacs de Jiuzhaigou

Kham 01  Kham 03

Kham 04  Kham 02

La prochaine étape nous conduit à Danba, là où quatre rivières encaissées se renjoignent pour n'en former plus qu'une, qui à son tour se presse de creuser une gorge tout aussi profonde. L'altitude modeste, environ 2'000 mètres, garantit un climat agréable.

Nous nous trouvons ici à l'extrême limite du monde tibétain. Difficile de tracer les origines exactes des habitants dans cette région frontière habituée des brassages de populations. Difficile aussi de classer avec précision leur idiome dans la vaste famille des langues tibéto-birmanes. Par contre, les traits culturels dénotent sans équivoque l'appartenance à la sphére d'influence tibétaine, à commencer par le bouddhisme tibétain omniprésent et les vastes maisons blanchies à la chaux, aux toitures plates, tout comme dans le lointain Ladakh, 2'500 kilomètres plus à l'ouest.

Les villages oppulents présentent une image campagnarde idyllique, même si leurs caractéristiques tours de garde rappellent un passé plus turbulent. Les bâtisses recèlent une abondance de détails architecturaux qui font le bonheur de l'éthnographe et de l'historien (on en croise quelques uns), tout comme des touristes. Ne nous y trompons pas, dans la Chine moderne, les lieux pittoresques ont le choix entre la "muséification carte postale" et le "béton rouleau compresseur". Autant voir la belle Danba prendre la première de ces voies!

Architecture tibétaine traditionnelle dans le village de Zhonglu - région de Danba

Kham 09  Kham 10

Un hameau aux environs du village de Jiaju, célèbre pour les peintures murales si particulières de ses maisons 

Kham 15

La récolte de maïs et de piments se conserve au soleil                    L'intérieur d'un temple privé

Kham 08  Kham 07

Un temple de village orné des immanquables drapeaux de prières

Kham 12  Kham 11

Une tour de défense à treize faces                                                        Exemple de demeure fortifiée

Kham 14  Kham 13

Le soleil règne en maître dans le ciel hivernal du Kham. Aux nuits glaciales succèdent les jours faits de ciel bleu sans nuages. Sur le plateau de Tagong, à près de 4'000 mètres au-dessus du niveau des mers, un côté du corps rôtit pendant que l'autre gèle. 

Au Nouvel An occidental, nous joignons les étudiants chinois s'en allant visiter le Gongga Shan (Minya Konka en tibétain), un géant de 7'556 mètres tout à l'est du plateau tibétain. Les foules sont canalisées dans un parc d'attraction d'altitude : bus, télécabines, stands de nouilles et escaliers en bois. Pas de problèmes, le brouhaha et le comique de situation - à commencer par la mode estudiantine - se superposent à l'immensité du décor naturel pour offrir un spectacle détonant.

Je regarde les séracs du Gongga Shan avec un sentiment d'accomplissement mêlé de nostalgie : il y a quatorze ans, nous en faisions le tour à la dure, avec Ben et Mike, croulant sous des sacs de 35 kilos, sans voir une seule fois le sommet noyé dans les derniers nuages de mousson. Que de fatigues, que de beaux souvenirs... Ou tout vient à point pour qui sait attendre?

Mont Yala (5'820 m)

Kham 16

Un beau bol de nouilles bien pimenté, l'idéal pour se réchauffer en hiver

Kham 18  Kham 19

Minya Konka (7'556 m)                                                                          Une étudiante à la mode hivernale

Kham 17  Kham 20

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 05:49

Certaines montagnes montrent leur puissance par des pics montant à l'assaut du ciel, des crêtes déchiquetées, des formes taillées à la hache. D'autres, plus subtiles, présentent une silhouette douce et arrondie. Seule une observation attentive et répétée en révèle la force cachée, les précipices, les abîmes dissimulés.

La Majella, au sud des Abruzzes, appartient sans doute à la seconde catégorie, Vu de loin, on dirait un volcan endormi, un sphinx paresseux et affalé, presque un Jura méridional. Le point culminant, le Monte Amaro et ses 2'793 mètres, ne semble qu'un replis parmi d'autres.

Il faut se rapprocher pour comprendre qu'on a affaire à un géant. De profonds canyons apparaissent dans les flancs du massif. Encore plus près et le vaste plateau sommital, toujours couvert de neige au début juin, disparaît dans les hauteurs. Enfin, on aperçoit de petits villages écrasés par l'énorme masse. 2'400 mètres de dénivelé attendent alors le courageux qui voudrait se lancer sur le chemin du sommet, séduit par la beauté hypnotique d'une montagne pas comme les autres.

La Majella vue de l'est

Majella 09

Le coquelicot, attraction du printemps italien                                                                              Cascate del Rio Verde

Majella 08  Majella 14

Ayant déjà goûté aux joies et aux fatigues de la marche solitaire sur la Majella, j'opte plutôt pour le vélo de course en vue d'explorer le haut Val di Sangro, une zone de moyenne montagne au sud-est du colosse. Les petites routes montent et descendent en permanence. Elles m'offrent l'aigre-doux d'un revêtement routier en voie de désagrégation et d'une absence presque totale de trafic.

L'état de la chaussée et ma forme plutôt approximative me contraignent à des moyennes horaires honteuses. Je me console facilement car cette lenteur me permet d'admirer sous toutes les coutures les petits villages juchés sur les collines les plus invraisemblables.

Pennadomo, noyé dans le vert printanier                                          Roccascalegna

Majella 01  Majella 07

Villa Santa Maria et ses barreaux de béton                                       Castiglione Messer Marino

Majella 02  Majella 03

La région peut se targuer d'une beauté naturelle indéniable. Les vastes forêts, au mieux après les pluies généreuses du printemps, drapent le relief d'un vert intense.

La présence de l'homme se fait pourtant sentir partout. Les traces qu'il laisse sur le paysage nous apparaîtront tour à tour sublimes ou monstrueuses, en fonction de nos sensiblités et de l'air du temps.

Les villages médiévaux couronnant les collines, condensé d'italianité, échappent à la critique grâce à la noble patine du temps. Il n'en est pas de même des ouvrages d'art qui ponctuent les superstrade : il faut dire qu'ici on a eu la main lourde, autour de 1980, avec les ponts et tunnels! Verdict : monstruosité! Enfin, les éoliennes déchaînent actuellement  les passions : progrès sur la voie de l'écologie ou saccage supplémentaire?

J'ose une opinion et affirme que je trouve ces moulins à vent modernes assez beaux, comme une parure sur ces montagnes aux formes arrondies (de là à dire qu'ailleurs, on fait une tempête dans un verre d'eau pour trois éoliennes sur les crêtes du Jura...).

Eole et ses moulins                                                                                    Guilmi

Majella 06  Majella 05

Guilmi, et au loin l'Adriatique                                                                Le Val di Sangro

Majella 15  Majella 11

Quelques jours passés à arpenter ce coin de pays perdu, entre Apennins et Adriatique, ont fait naître en moi des sentimets étonnants : un amour presque physique pour cette beauté de la terre, une curiosité éveillée mais pas rassasiée, une nostalgie étrange envers cette Arcadie improbable qui m'était pourtant inconnue et que j'avais donc déjà dû recontrer dans les détours de mon inconscient.

Un tel mélange de sensations se grave dans la mémoire. Il présage un retour dans un futur indéterminé, par exemple à Colledimezzo, ce bourg agrippé tant bien que mal à une butte qui s'effrite, au-dessus du lago di Bomba, avec la présence bienfaisante de la Majella dans le lointain.

Quelques vues de Colledimezzo

Majella 10

Majella 12  Majella 16

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 10:11

La Ligurie possède au plus haut point ce savant mélange de mer et de montagne qui caractérise les plus belles régions d'Italie. Coincé entre les Apennins et la Méditerranée, ce long ruban de terre alterne montagnes, collines pentues et profondes vallées. Pas étonnant donc que les Ligures durent de tout temps chercher leur fortune sur les vastes mers du monde.

La République de Gênes fut l'une des plus puissante républiques maritimes italiennes. Gênes la Superbe, comme elle se dénommait elle-même, rivalisa avec Venise, la Sérénissime, pour le contrôle des routes commerciales en Méditerranée et sur la Mer Noire. Cette fascinante trajectoire initiée au XIe siècle, dura jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, avec une période d'apogée au XVIe siècle, le siècle des Gênois!

Perinaldo                                                                                    Apricale

Liguria 02  Liguria 01

Perinaldo, or fondu sous le soleil couchant

Liguria 03

Castel Vittorio, vu de Pigna

Liguria 13  Liguria 14

Nous prenons résidence à Apricale, petit village de l'intérieur des terres. Les vieilles maisons de pierre se massent sur un promontoire de la montagne, dénotant la fonction défensive du bourg médiéval. Ce modèle se retrouve dans les autres villages de l'intérieur, qui réussissent le tour de force de résister au dépeuplement, avec un mélange plutôt harmonieux de locaux et de touristes dans leurs Bed & Breakfast, sans pour autant souffrir du mal usuel qui en résulte en bien d'autres endroits, le saccage de la silhouette urbaine par d'horribles cubes de bétons. Bravo!

Sur la côte, nous visitons de fantastiques jardins botaniques. Ils foisonnement de fleurs et de parfums en ce début de printemps, mettant à profit le doux climat de la Riviera. En parcourant les somptueuses allées fleuries de la Villa Hanbury, nous comprenons aisément pourquoi les grandes fortunes du XIXe siècle décidèrent de s'établir dans la région.

Villa Hanbury et jardin des cactus

Liguria 07  Liguria 05

Liguria 06  Liguria 08

Dolceácqua est probablement le plus connu des villages fortifiés de l'intérieur. Monet fut séduit par la forme gracieuse du pont qui enjambe la rivière Nervia et donne accès à la bourgade. Il immortalisa la scène dans plusieurs de ses tableaux.

Les ruelles de Dolceácqua sont surmontées d'une série d'arcs de pierre qui soutiennent les grandes maisons se trouvant de part et d'autre. Parfois ces ponts deviennent voûtes, si bien que le piéton disparaît dans de véritables tunnels de pierre. Impressionnant!

Le Rossese de Dolceácqua mérite aussi le détour. Ce vin rouge, petit par la notorité et le nombre de bouteilles en circulation, mais grand par la complexité du bouquet d'arômes qu'il concentre, est une vraie découverte. C'est aussi un symbole de la Ligurie : quelques vignerons cultivent de minuscules parcelles à flanc de montagnes, par amour de leur terre, plutôt que de céder aux sirènes de la spéculation immobilière. Pour notre plaisir et pour la beauté des paysages de ce coin de pays entre terre et mer...

Dolceácqua

Liguria 15

Le bourg vu depuis le chemin des vignes

Liguria 09  Liguria 11

Les arcs de pierre                                          Le pont immortalisé par Monet, "bijou de légèreté"

Liguria 10  Liguria 12

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 10:14

Les skis glissent dans la neige profonde. La respiration se fait régulière dans le froid du matin. Encore quelques heures à brasser la matière magique avant de parvenir au premier col. L'air glacial se transforme imperceptiblement en fournaise à mesure que la pente s'accentue et que le soleil d'est l'attaque violemment.

Choisir son chemin au gré des vallées et des barres de rochers, laisser l'esprit se retourner sur lui-même, pendant que le corps avance comme un automate. Enfin, le sommet, ce moment d'exultation et de joie animale, satisfaction à l'état brut! Enlever les peaux, observer les sommets environnants qui plantent dans notre esprit les germes d'obsessions futures, puis repartir.

La descente est action pure, elle devient acte de création spontanée : évaluer le danger, choisir la ligne la plus esthétique slalomant entre les blocs de gneiss, accélérer encore pour faire gicler la poudreuse, enfin se retourner pour contempler cette trace, la calligraphie du skieur des montagnes. 

De vals en vallons, de cols coiffés de corniches en sommets raides et verglacés, le voyage continue dans notre désert d'altitude, un Tibet imaginaire ou un Tian Shan rêvé les yeux ouverts, et pourtant les hautes routes surtracées et le domaine skiable tentaculaire de Zermatt se trouvent à un jet de pierre...

Bishorn (4'153 m) baigné de lumière matinale

Topali 03

Faire sa trace loin des foules, une leçon de vie du ski de montagne

Topali 01  Topali 02

Une autre vue du Bishorn

Topali 04

Weisshorn (4'506 m), la puissance et l'élégance mélangées à la perfection

Topali 05

Le Weisshorn se dévoile                                                          Le Barrhorn (3'610 m)

Topali 08  Topali 07

L'autre côté de la vallée : Nadelgrat (4'327 m), Dom (4'545 m), Täschhorn (4'491 m)

Topali 06

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 09:53

Noël en Chine, c'est l'occasion d'échapper aux touristes et aux dindes au marron. Tout juste si le Nouvel An chinois, programmé vers début février, commence à se préparer. Nous mettons le cap sur le Sichuan, avec un passage obligé par Chengdu, ville tentaculaire d'environ dix millions d'habitants (à peu près la 7ème ville chinoise, mais tout change si vite ici...). 

Les guides touristiques disent de Chengdu qu'il n'y a pas grand-chose à y voir. Les Chinois vantent au contraire le climat agréable et le mode de vie décontracté de ses habitants, qui savent profiter de la vie dans les maisons de thé. Nous nous rangeons du côté de la majorité (elle pèse environ 1'350'000'000 d'individus de nos jours, contre à peine une poignée de guides de voyage...) et passons quelques jours fort intéressants à arpenter les boulevards et les parcs de cette ville gigantesque.

Sur les rives de la rivière Jin, en plein centre de Chengdu

Chengdu 22  Chengdu 21

Modernité arrogante et parcs paisibles alternent avec une certaine réussite

Chengdu 17  Chengdu 19

Les tours poussent comme des champignons

Chengdu 11  Chengdu 12

Il émane effectivement quelque chose de paisible de la capitale officieuse de l'ouest chinois, peut-être dû au plan aéré de la ville : rues très larges, trames vertes réservées aux piétons sur les berges de la rivière, parcs généreux.

Le calme s'arrête là. Chengdu vit en plein boom depuis la Go West Campaign initiée au début des années 2000, un vaste programme d'investissement du gouvernement chinois visant à développer l'arrière-pays et lui permettre d'atteindre les mêmes niveaux de prospérité que les zones côtières. 

Lors de ma première visite en 2002, la ville avait encore un petit air de tiers monde, avec ses marchés à même la rue et ses cohortes de cyclistes. La physionomie de la ville a totalement changé en douze ans. Mao trône toujours sur la place centrale, mais qu'il semble petit au milieu de la forêt de tours brillantes! Les autoroutes et périphériques irriguent la ville d'Audi, BMW et Porsche Cayenne. Les cyclistes ont disparu. Ils se sont probablement transformés en classe moyenne affluente, clients des malls commerciaux où les marques internationales cotoient les produits chinois aux prix en ascension vertigineuse. 

Loin de moi l'idée de véhiculer une image nostalgique du passé. Certes un certain charme indéfinissable a disparu, mais en contrepartie la ville a gagné en salubrité et le trafic s'écoule presque sans heurt grâce à la construction de lignes de métro dernier cri. Les gratte-ciels se disposent harmonieusement aux abords de la rivière et créent un paysage urbain de qualité.

Les Chinois s'approprient la rue

Chengdu 06  Chengdu 10

Art moderne et partie de badminton improvisée

Chengdu 15  Chengdu 20

Café dans un bar branché - Huoguo ("fondue chinoise") relevé par quelques centaines de piments

Chengdu 08  Chengdu 07

Une Chine plus traditionnelle, conforme aux clichés des guides touristiques, existe cependant encore derrière les néons des boulevards. Quelques pas mènent à des petits restaurants pas chers où de petites tables se massent autour d'un wok et de son cuisinier, presque à même la rue; les temples bouddhistes et taoïstes accueillent fidèles, curieux et touristes au mileu de parcs ombrageux; les vieux discutent ou font du tai-chi au bord de la rivière, réchauffés par le soleil qui perce le brouillard hivernal.

Qingyang Gong, temple taoïste

Chengdu 13  Chengdu 14

Dragons et tai-chi en plein air

Chengdu 16  Chengdu 09

Chengdu, à l'image de la Chine, regorge de contrastes saisissants : riches et pauvres, infrastructures rutilantes et vendeurs de rue, occidentalisation apparente mais pays continent où l'on ne parle que le Chinois. 

Armés de ces premières impressions et d'un peu de mandarin remémoré au pas de charge, nous quittons les conforts de la grande ville pour les montagnes de l'ouest...

La rivière en version nocturne

Chengdu 04

Jeux de lumière, pas de limites!

Chengdu 05  Chengdu 03

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 21:46

L'automne venu, quand la neige blanchit les Préalpes, il faut profiter des élégantes lignes offertes par Brenleire (2'353 m) et Folliéran (2'340 m), plus belles montagnes fribourgeoises - ainsi en-ai je décidé en toute partialité!

Piolets, crampons, vieilles coques Scarpa au lourd plastique, et un peu d'imagination. Voilà les seuls ingrédients nécessaires pour passer un moment de liberté vertigineuse, avec pour seuls compagnons les bouquetins qui se promènent nonchalamment sur les vires verglagées, voire quelque montagnard qui, comme moi, préfère l'ombre des faces nord aux néons des centres commerciaux pour meubler son samedi après-midi.

Quel couple!

Folliéran 01

De la pente, en montant au col d'Entre Roches

Folliéran 05  Folliéran 06

La belle arête nord de Folliéran permet de passer de la motte enneigée au rocher

Folliéran 07  Folliéran 08

Ambiance sauvage sur le vallon des Morteys

Folliéran 03  Folliéran 04

Brenleire, arête nord-ouest                                                         Le royaume du calcaire

Folliéran 09  Folliéran 10

Dent de Ruth, Dent de Savigny et les trois Pucelles

Folliéran 12 

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 18:24

Les Alpes Vaudoises regorgent de sommets au noms pittoresques (au hasard, Sex des Branlettes, Tête à Grosjean, Pierre qu'Abotse), dont l'origine vient du patois local ou de la légende de quelque chasseur de chamois vedette, tombé dans l'oubli depuis des lustres. 

Ces montagnes ont gardé un caractère sauvage et austère. Les hautes barres de rochers friables, les grandes pentes d'éboulis, les petits glaciers qui suent sous les coups de boutoir du changement climatique. les vallons interminables désertés dès l'automne, tout cela crée une ambiance unique.

Nous escaladons donc la Tête à Pierre Grept par sa longue Arête Vierge composée de calcaire un peu douteux, sauf dans les passages plus difficiles. Le soleil levant illumine le paysage avant d'être englouti par les nuages de foehn. Le vent dans le dos, nous avalons les longeurs, salués par un majestueux gypaète barbu planant loin au-dessus de son royaume de pierre.

Tête à Pierre Grept (2'903 m) et sa longue Arête Vierge

Grept 01

L'objectif du jour

Grept 04

Lever de soleil sur les Alpes Vaudoises                                    Le Grand Muveran (3'051 m)

Grept 03  Grept 05

Les grimpeurs

Grept 06  Grept 07

Pierre qu'Abotse (2'734 m)                                                         Les Diablerets (3'209 m)     

Grept 08  Grept 02

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 20:04

Calabre, le pied de la sublime botte.

Calabre, terre mystérieuse ou méconnue, drapée d'un voile romanesque fait de brigands au grand coeur du XIXème siècle ou d'inquiétants mafiosi contemporains.

Calabre, passée de centre du monde à l'époque de la Grande Grèce, à terre d'émigration, à la périphérie.

Comme toujours, la réalité est plus complexe et plus intéressante que les clichés. Autant le dire tout de suite, cette région nous a charmé par la beauté de ses montagnes et de ses mers, par sa richesse historique, sa diversité, ainsi que la gentillesse de ses habitants. S'il fallait trouver quelque chose à redire dans ce concert d'éloges, on pourrait citer l'urbanisation anarchique du littoral qui fait mal aux yeux par endroit!

Santa Severina

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Caccuri                                                                                                                                 Eglise byzantine

04  03

Encore des influences byzantines                                            Corigliano Calabro

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Ambiances de village

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Tout au long de sa longue histoire, la Calabre fut terre de passage et de brassage.

Les Grecs de l'époque classique y créèrent des colonies à la prosperité économique et culturelle remarquable, comme Kroton (aujourd'hui Crotone) ou Locri. Les Byzantins s'adonnèrent à la vie monastique, laissant un bel héritage d'églises à l'apparence orientale.

Puis ce fut une succession de royaumes médiévaux, Normands, Angevins, Aragonais. Tout ce beau monde construisit des châteaux forts à tout va, en pensant certainemment aux touristes qui viendraient les admirer quelques siècles plus tard. Les fortifications parsemant la côte avaient comme autre objectif de défendre les populations des attaques meurtrières des pirates sarrasins.

Aujourd'hui, les baigneurs oublient ce passé tumultueux et profitent des limpides eaux de la Mer Ionienne et de la Mer Tyrrhénienne. La première possède l'eau la plus chaude et de longues plages tranquilles, la seconde déroule criques, promontoires et îlots au pied de montagnes escarpées.

Le Castella veille sur la Mer Ionienne                                                                           

08  09

La Mer Tyrrhénienne

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Des vacances ne sauraient être réussies sans un détour par les montagnes. Tant mieux, la Calabre en regorge. Après un trop bref passage dans la Sila, haut plateau qui prend des airs de Jura avec ses pâturages enserrés de forêts de conifères, nous jetons notre dévolu sur le Pollino.

Ce massif, frontière naturelle au nord de la Calabre, court d'une mer à l'autre sur près de 80 kilomètres. Il exprime au mieux le caractère unique des Apennins : grandes montagnes arrondies que sèparent de profonds canyons; forêts de hêtres à l'infini, silencieuses, solitaires, royaume des sangliers; ambiance marquée à la fois par la douceur méditérannénne et par l'austérité de quelque haut plateau asiatique.

Le roi du Pollino, c'est le Pino Loricato, qui dresse ses membres tordus, décharnés, là où les arbres ordinaires ont abdiqué face aux vents hivernaux déchaînés. Ses formes torturées lui donnent presque visage humain. Le combat semble lui profiter puisque certains spécimens dépassent les 1'000 ans d'âge!

Pollino sauvage

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Pino Loricato (ou Pin de Bosnie), l'âme du Pollino

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Courbés par les vents, le grand pin est le seul habitant des sommets du Pollino

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L'arrière-pays recèle son lot de superbes villages aux allures moyenâgeuses. On s'attendrait à les voir désertés à cause de leurs ruelles étroites et de leurs maisons humides. Ce n'est pas le cas, il y a encore de la vie, les bâtisses sont bien conservées. Tant mieux!

Au détour d'une rue ou sur la place du village, la conversation s'engage facilement avec les sympathiques Calabrais. Plaisir de parler de tout et de rien, avant de s'attabler dans une osteria et de goûter sans modération à la délicieuse cuisine locale.

Morano Calabro

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Dans le dédale du village perché

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Papasìdero, village aux consonnances grecques

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 21:42

Trois heures du matin (ou deux, je sais plus), le réveil sonne. C'est le moment de se lever après quelques courtes heures de sommeil, entrecoupées par les ronflements des voisins de dortoir. Après m'être forcé à avaler quelques morces pour le déjeûner, il faut plonger dans le froid et la nuit noire. Drôle de loisir, me dis-je...

Les idées tournent en bouclent dans mon cerveau endormi, jusqu'à ce que le rythme de la marche, le bruit des crampons qui crissent sur la neige du glacier, n'amènent un vide apaisant. Un pas après l'autre, et l'oeil cherche la ligne rose qui annonce l'aube à l'horizon.

Enfin, le moment magique arrive, qui repaie au centuple les efforts consentis : lever de soleil pyrotechnique sur une élégante arête d'un 4000 des Alpes. Les cristaux neigeux scintillent de rose, à l'heure de l'air pur, quand le regard porte loin, montagne après montagne, jusqu'à l'infini. L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, tout semble possible en ce moment.

Interdit de ralentir, le sommet se trouve encore loin, le retour interminable fera regretter la rapidité des descentes à ski hivernales, et les retardataires se feront punir par l'orage du soir. L'alpinisme estival est un rêve actif!

La Jungfrau (4'158 m) et le glacier tourmenté de son versant nord

Altitude 4000 01  Altitude 4000 02

Le Nollen, au Mönch (4'107 m)            L'Aletschhorn (4'182 m), monarque d'un monde glaciaire

Altitude 4000 03  Altitude 4000 04

Arête de neige ou de rocher, il faut varier les plaisirs!

Altitude 4000 05  Altitude 4000 06

Dans la traversée entre le Balmhorn (3'699 m) et l'Altels (3'629 m)

Altitude 4000 08  Altitude 4000 07

Accompagné de vieux briscards des montagnes, je profite de ce bel été pour enchaîner quelques courses classiques en neige : Oberland bernois d'abord avec le Nollen au Mönch et la traversée Balmhorn-Altels, puis, en Valais, le Nadelgrat, une fine ligne qui relie quatre sommets de plus de 4'000 mètres. Superbe!

Le versant est du Weisshorn (4'506 m), le plus beau sommet des Alpes?

Altitude 4000 09

Une autre cordée nous accompagne sur l'arête neigeuse du Nadelgrat

Altitude 4000 11  Altitude 4000 12

Toute la course du Nadelgrat se voit sur cette photo, avec le Nadelhorn (4'327) au fond à gauche. Le Dom (4'545 m), en arrière-plan à droite, domine tout le massif des Mischabel.

Altitude 4000 10

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 13:46

Mi-juin, les êtres sensés ont rangé leurs skis depuis longtemps. Les autres, peu nombreux, profitent encore de la neige accumulée en abondance par un printemps frais et humide. Quel meilleur endroit pour échapper à la chaleur que le vaste glacier d'Aletsch, le plus grand des Alpes? 

Rapide descente depuis le Jungfraujoch dans la neige pourrie de fin d'après-midi, direction la Konkordiahütte, atteinte après avoir escaladé des échelles verticales sur cent cinquante mètres, la faute au glacier qui mincit depuis 1850.

Le lendemain, le beau temps annoncé se fait désirer : brouillard, vent, grésil. Le vin est tiré, il faut le boire : nous nous mettons donc en route pour le Gross Grünhorn (4'043 m) dans une ambiance sévère, personne à l'horizon. Tant mieux, ainsi les vastes champs de neige n'ont pas à subir le bourdonnement néfaste des insectes à pales. Gross Grünhorn, sommet facile peut-être, mais aujourd'hui il n'en semble rien quand les séracs apparaissent entre deux voiles de brouillard, et en se rappellant que même le plus grand y fit un faux pas mortel.

Changement de décor quand nous prenons le chemin de la Jungfrau (4'158 m) : les étoiles brillent à trois heures du matin, le glacier est bien gelé. L'élégante silhouette de la jeune fille se détache à l'horizon, tout au fond du glacier géant qu'il nous faut remonter. Interminable! Enfin, le soleil levant vient poudrer de rose notre promise, qui sait cependant se faire désirer et fait battre la chamade à nos coeurs. Encore quelques pas à brasser la neige, et nous voilà sur ce sommet mythique, avec, sur le versant opposé, 3'000 mètres de vide à nos pieds et la vue qui s'étend vers les vertes collines du pays bernois.

La Jungfrau au petit matin

Jungfrau 07

La place Konkordia, là où les différents bras du glacier d'Aletsch se rejoignent

Jungfrau 04

Un peu de couleur au milieu de tout ce blanc étincellant

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Grünhorn, ambiance austère                                      Le Ewigschneefäld

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Le Trugberg (3'923 m) joue à cache-cache avec les nuages

Jungfrau 01

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Published by Silvio
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